Gross Diamantstock – arête E

Après les récentes chutes de neige, nous devons revoir nos plans ; beaucoup de 4’000 ne passent pas très bien et je dois dire que je m’en accommode ; autant ne pas se griller les neurones (du moins ce qu’il en reste) en haute altitude et opter pour une course qui ne me mette pas complètement au taquet.

Il nous faut privilégier un versant sud ou est, une approche pas trop longue (parce que ces montées à la cabane qu’est-ce que ça peut être long et pénible), une cabane sympa, une course technique mais pas trop, jolie mais pas interminable, avec un joli panorama et pas trop de monde. Vous remarquerez à quel point je suis peu exigeante dans mes critères de sélection.

Bref, on cogite, on ouvre les bouquins et je tombe sur cette course du Gross Diamantstock. Un bon gros diamant, avec du granit et une bien belle ambiance, une courte approche et de la jolie grimpe. En plus, c’est au fin fond du canton de Berne, un coin qu’on ne connait pas du tout.

IMG_0059-1

C’est parti ! 2h30 en voiture (oui, vraiment, le fin fond du canton de Berne), pour arriver vers le col du Grimsel. Le premier jour on fait quelques longueurs sur la dalle à proximité histoire de tester les adhérences et, après un bon repas dans le resto du coin, nous entamons la montée vers la Bächlitalhütte avec Guillaume, Jérôme et Eric. Nous sommes en fin d’après-midi mais il fait encore super chaud et je pourrais presque prendre masque et tubas tellement je dégouline !

Mais la montée en cabane est très jolie, le chemin est fait d’escaliers en pierre, ça monte régulièrement et nous voyons la cabane après une petite heure de marche. Et au loin, le gros diamant.

IMG_0063-1

Si, 2 semaines auparavant, le rôti rassis m’avait traumatisé des bouffes en cabane, ici c’est tout le contraire. Le repas est vraiment top, avec salade, petite sauce, picata, spaghettis, mousse à la vanille… ça me réconcilie un peu avec les cabanes. Même Guillaume se ressert ! En plus on a un dortoir pour nous 4. Ça ne m’empêche pas de ne pas fermer l’œil de la nuit (chaque matin au moment de me lever je regarde Guillaume de mon regarde larmoyant en me lamentant « j’ai pas dormiiiiiiiiiii » et lui me répond « mais si, bien sûr que t’as dormi). Donc bon, j’ai peut-être un peu dormi, peut-être pas, il est 4h30, on déjeune et je suis pas tant motivée que ça à bouger.

Mais bon, le plus pénible est fait (montée à la cabane, lever, petit-dej…), nous ne serons que 4 cordées sur l’arête et il fait beau, alors pas d’excuse. On se met en route gentiment. L’approche jusqu’au premier pilier nous prend un peu moins de 2h, le chemin n’est pas toujours top, ça passe dans une moraine toute fritée et j’ai parfois l’impression de marcher sur du sable tellement c’est pas stable.

IMG_0067-1 IMG_0070-1

Nous assistons à un lever du jour de toute beauté sur le glacier. Le Gros Diamant s’éclaire (et là, en écrivant l’article, je comprends pourquoi il a été nommé ainsi. Pas bête la fille). Nous sommes les derniers à arriver au pied du premier pilier (je dis « nous » pour l’esprit d’équipe, hein).

La cordée d’avant nous débute et ça a l’air assez sport. On les regarde et j’aimerais pas être à leur place, les premières longueurs sont toujours ingrates, et quand tu as 4 saucisses d’alpinistes qui te scrutent, tu dois légèrement ressentir la pression… Jérôme et Guillaume leur emboîte le pas, suivi d’Eric, et de moi… C’est du 4, mais en chaussures de montagne, avec un sac pas si léger, la fatigue, et mon niveau de grimpe, ça suffit à bien me réveiller !

IMG_0075-1-2 IMG_0084-1

IMG_0092-1

On prend vite de la hauteur et on arrive sur un replat qu’il nous faut traverser. C’est franchement beau, sauvage, pour une course presque solitaire ! J’avais vu quelques photos (merci Naike) et je dois dire que je ne suis pas déçue par ces paysages.

Par contre, je reste toujours mauvaise dans ces traversées ; ne faisant pas confiance en mes pieds, je me tiens à tout ce que je peux, je me recroqueville, mon sac me descend vers la nuque, bref, c’est pas du tout classe… mais bon, peu importe le style, l’essentiel c’est d’avancer (à moins que ce ne soit l’inverse ?)

IMG_0112-1

Si l’arête ne fait que 400m de dénivelés, je comprends vite que la journée va être longue. C’est technique, aérien et il faut souvent faire des longueurs. La difficulté suivante, un pilier à remonter, est elle aussi bien corsée. Coté 4b… mouais… en se tirant sur chaque dégaine peut-être, et encore ! Pas simple du tout, mais très joli à grimper (si on fait abstraction de mon manque de classe absolu).

IMG_0116-1

IMG_0119-1

IMG_0120-1

On arrive à un replat. Le rasoir. Je dis « le » rasoir, parce que celui-là, je m’en souviendrai longtemps. Jérôme et Guillaume, qui sont (comme d’hab) devant, nous regardent avec un grand sourire. Je comprends vite pourquoi… Ils voulaient du spectacle, avec moi ils en auront ! Adieu féminité, adieu sensualité, adieu dignité.

IMG_0127-1

Non seulement ce rasoir est interminable, mais en plus, il n’y a rien pour s’appuyer sur les pieds et ainsi avancer. Tout est dans bras et le périnée (ce mot magique chéri par toutes les mamans… ben depuis je me dis : pourquoi faire de la gym post-natale ? Un bon rasoir du Gross Diamantstock et le tour est joué !). Cela dit je suis reconnaissante pour cette course d’être une femme et me demande bien comment ces messieurs gèrent cette traversée du rasoir. Mais c’est un débat que je ne préfère pas avoir.

IMG_0130-1-3

S’en suit une re-traversée (non mais les gars ? ça s’arrête quand ?!) et une descente (heu… de la désescalade, là ? Alors que 1) je déteste ça 2) j’ai le périnée explosé 3) j’ai pas de point 3, mais c’est toujours plus classe d’avoir 3 points…

La désescalade est chez moi toujours aussi laborieuse. Avec le gaz, je fais pas la fière et m’agrippe tant bien que mal à chaque caillou. Je me retrouve dans de ces positions… la jambe plus haute que ma tête… ça a au moins le mérite de stimuler ma souplesse et de faire rire Jérôme. D’ailleurs Guillaume et Jérôme sont de nouveau un peu plus loin, à nous regarder et à savourer le showtime. Les enfoirés !

IMG_0149-1   IMG_0160-1

IMG_0164-1     IMG_0194-1

Petit à petit, on avance, et je vois au loin le sommet avec Guillaume et Jérôme. Je sais pas où ils planquent leurs piles, ou à quelle drogue ils carburent… C’est ingrat, cette montagne, d’être toujours la dernière, toujours le boulet. Enfin bon, j’avance tant bien que mal avec Eric en corde tendue et nous atteignons enfin le sommet.

La vue depuis là-haut est magnifique, avec le Finsterarhorn notamment (je dis notamment car je ne me rappelle plus du nom de l’autre 4000).

IMG_0203-1

IMG_0210-1

Au loin (très très très loin), la cabane… je me dis qu’on n’est pas rendu. Dans les topos ils évoquent une descente de 2-3 heures. Ouais mais en fait non, pas avec une Elise dans l’équipe.

Le début de la descente consiste à désescalader (sans blague) la face ; de là, on rejoint l’arête, puis une sorte de sente… mais c’est bien raide et instable ; Jérôme et Guillaume, vaillants, nous attendent. Elise-le-boulet, chapitre 245. Il y a ensuite 3 rappels à faire ; et la cordée qui était partie avant nous, à 4h du matin, monopolise les rappels. C’est un monsieur suisse-allemand avec sa maman qui s’appelle Monikrrrrrrrrrrrrrrrrrrra, je le sais parce qu’à chaque fois il hurle son nom. Il a pas l’air tant motivé à me laisser une place, je dois donc attendre de longues minutes avant de pouvoir me mettre au relais; en même temps c’est pas comme si j’étais super rapide à la base, mais là ça rallonge encore… Guillaume et Jérôme ont déjà eu le temps de finir les rappels, mettre les crampons, traverser les névés, déchausser les crampons, se faire une sieste en nous attendant… Sans moi, ils seraient sans doute déjà à la maison, douchés et au lit…

On arrive enfin à leur hauteur et s’en suit un long chemin de croix dans la caillasse qui s’effrite, il fait chaud, j’ai soif, j’en ai marre. Non mais l’alpinisme, franchement. Pourquoi je me suis pas mise au golf plutôt ?! J’ai un bon petit coup de mou, car la cabane est encore bien loin.

On arrive enfin au bout des difficultés, on boit un bon coup (Jérôme, l’ingrat, me tend une bouteille de rivella… alors qu’en fait c’est que de l’eau. C’est vraiment un gag naze, Jérôme, ne recommence JAMAIS). Au bout de 4h (oui, 4heures…), nous arrivons à la cabane. Un bon rivella, et on entame la descente… nous devons être à la maison à 19h pour rechercher Renaud, et avec les 2h de voiture ça va être quasi mission impossible, donc on ne traine pas !

Nous arrivons enfin à la voiture, à 18h… alors que la journée a commencé à 5h ! Moi qui croyais que ça allait être une petite journée, je me suis faite avoir comme une bleue ! Mais c’était une belle journée, avec des ambiances irréelles. J’ai eu énormément de plaisir à la montée (un peu moins au rasoir, certes), la descente a été par contre plus fastidieuse ; mais c’est ce qui donne le charme au truc, non ?

En arrivant à la voiture, je lance à Guillaume que j’arrête la montagne pendant un moment, là, j’ai eu ma dose. On a en effet prévu de faire la voie directe du miroir d’Argentine 4 jours plus tard.

Bon. Hé bien 4 jours plus tard, on était au sommet de l’Argentine.

C’est ça qui est incroyable avec la montagne : tu l’adores, tu la détestes, tu passes d’un sentiment à l’autre en 1 demie seconde, mais au final, tu y reviens toujours. (je concluerais par un : un peu comme toutes les grandes histoires d’amour, mais ça ferait vraiment trop pompeux). Je conclue donc par des remerciements : à Guillaume et Jérôme pour leur patience, à Eric pour me supporter, me trainer et m’encourager, à la gardienne pour sa tarte aux pommes, à Monikra pour avoir libéré le relais, à mes pieds et ma tronche pour ne pas avoir abandonné.

 

Leave a comment